Shigeru Mizuki, 100 ans !

Dans le milieu de la bande dessinée, et tout particulièrement du manga, le nom de Shigeru Mizuki résonne avec GeGeGe no Kitarô, NonNonBâ et Histoire de Shôwa. Il est un des maîtres incontestés du manga d’antan, de l’horreur et de la guerre, ainsi qu’un spécialiste du folklore japonais et des monstres yôkai.
Shigeru Mizuki est plutôt bien reconnu en France, notamment grâce aux éditions Cornélius qui ont édité un bon nombre de ses mangas, mais aussi grâce aux critiques qui encensent son œuvre entière depuis près de deux décennies (et bien plus encore au Japon). Il a aussi reçu deux prix au festival de la BD d’Angoulême en 2007 et 2009. Et voilà qu’il revient avec une grande exposition pour l’édition 2022.

Dans cet article, je souhaite davantage revenir sur sa vie, son enfance et sa place pendant la guerre jusqu’à ses débuts en tant qu’artiste professionnel dans le milieu du kamishibai. En somme, je souhaite parler de ce Shigeru Mizuki qui n’est pas encore accepté dans le circuit conventionnel du manga, mais qui est déjà un grand artiste en devenir.

Yoshikazu Tsuno/Agence France-Presse — Getty Images

1 – L’enfance

Shigeru Mizuki (de son vrai nom Shigeru Mura) est né le 8 mars 1922 dans le quartier de Kohama(mura) à Ôsaka (dans l’arrondissement de Nishihari, qui est devenu Higashi Kohama dans l’arrondissement de Sumiyoshi en 1925), soit 1 an et demi avant le grand tremblement de terre du Kantô, un peu moins de cinq ans avant le passage à l’ère Shôwa, et donc dans l’entre deux guerres quand les tensions sont de plus en plus concrètes.

Shigeru est le deuxième des trois fils de Ryôichi et Kotoé Mura. À ce moment-là, son père travaille dans une imprimerie non loin de la station Umeda. Quant à sa mère, elle vit dans la résidence de ses parents à Sakaiminato dans la préfecture de Tottori. Quelques jours avant la naissance de Shigeru, Kotoé rend visite à son mari. Pour Ryôichi, les affaires ne sont pas terribles. Il quitte l’imprimerie moins d’un mois après la naissance de son fils et décide de repartir avec sa femme dans la demeure familiale à Sakaiminato. C’est finalement là que vit le petit Shigeru pendant une quinzaine d’années.

Malgré les déboires financiers de son père et l’immense perturbation économique qui suit le grand tremblement de terre du Kantô, on peut dire que la famille Mura n’est pas particulièrement touchée et ne manque pas d’argent, surtout parce que l’arrière grand-père de Shigeru, Sôhei Mura, était grossiste d’équipements de navire et tenait une entreprise gigantesque depuis la fin de l’ère Edo, reprise par la famille. Au début seulement. Ryôichi a tenté de monter une entreprise d’importation d’équipement pour l’agriculture, qui n’a pas fonctionné. Il a travaillé dans une banque mais il s’est fait virer. Il a même essayé de devenir scénariste de films, en vain, puis vendeur d’assurances… Malheureusement, les soucis financiers commencent à arriver et cela devient difficile même pour le grand-père qui décide de réaliser un nouveau business à Java, une île du Sud-Ouest de l’Indonésie.

Pendant ce temps-là, Shigeru grandit en songeant à manger tout ce qui lui passe sous la main et en se promenant où il veut sans se soucier de la distance. Fort heureusement, la vieille Nonnonbâ, la femme de ménage de la famille Mizuki, le retrouve et le ramène à la maison. Nonbonbâ a une grande…, plutôt une ENORME influence sur le petit Shigeru. Celle-ci lui raconte des histoires de yôkai qui va fortement développer son imaginaire. Cela peut sans doute paraître romantique, mais le petit Mizuki y croyait dur comme fer. Tout l’aspect folklorique que l’on aime tant dans son œuvre vient de tout le temps passé avec Nonnonbâ. Il l’aime tellement qu’il lui a dédié un manga tout entier, Nonnonbâ (1977), publié en France par Cornélius en 2006 (et qui a d’ailleurs remporté le prix du meilleur album pendant le Festival d’Angoulême en 2007), mais on la retrouve également dans les premiers volumes de Vie de Mizuki (2001, publié en France par Cornélius à partir de 2012) et de Shôwa : Une histoire du Japon (1988, qui ne demande qu’à être publié en France !

Malgré la grande flemme de Mizuki qui le mène à dormir jusque tard et à manquer la plupart des cours de mathématique, il s’avère tout de même bon élève, et surtout un bon artiste, un très bon artiste même. L’un de ceux dont raffole une certaine élite artistique. Dès l’école, ses professeurs allaient jusqu’à réaliser des présentations de ses dessins, disant qu’ils n’avaient rien de ceux d’un enfant, il recevait des prix et on parlait de lui dans les journaux, notamment dans le Mainichi Shinbun qui le surnomme « L’enfant prodige » à seulement 13 ou 14 ans.

Le jeune Shigeru deviendra grand !

Une fois son diplôme en poche, son père lui trouve du travail dans une imprimerie à Ôsaka. Mais il est paresseux, il se trompe sans arrêt, si bien qu’il finit par se faire virer, cela à deux reprises. En fin de compte il retourne à la demeure familiale et passe son temps à dessiner. C’est là où ses parents se demandent s’il ne ferait mieux pas d’aller dans une école d’art. On l’a inscrit à l’école des beaux-art de Seika à Ôsaka où le seul professeur était aussi le directeur, mais il n’y restait tout au plus qu’une heure par jour. En fin de compte, il dessine essentiellement pour lui-même, des contes des frères Grimm et des 1001 nuits, ou des histoires originales comme Suzume no Kodomo et Yume-gami (incertain quant à la lecture du titre en kanji). Pour autant, ses études à l’école des beaux-arts ne vont pas plus loin. Il rentre de nouveau à Sakaiminato et trouve un job de distributeur de journaux. Quelques temps après, il déménage à Tokyo avec ses parents. En parallèle, la guerre s’intensifie.

En 1942, alors qu’il est âgé de 20 ans, il passe un examen médical et, malgré sa myopie, reçoit une lettre de démobilisation pour rejoindre un régiment de l’armée impériale de Tottori.

2 – À la guerre

La guerre fait partie de la vie de Mizuki. Si tu as lu Vie de Mizuki (ou son Histoire de Shôwa dont on retrouve parfois des segments similaires), alors tu sais déjà plus ou moins ce qu’il se passe. Mais je vais quand même faire un court résumé.
Mizuki est engagé à la guerre en 1942 à l’âge de 20 ans et autant dire qu’il enchaîne les coups durs. 1942 est une année pivot pour l’armée japonaise puisqu’elle se retrouve constamment repoussée après les fâcheuses attaques sur Pearl Harbor et le Raid sur Ceylan, c’est pourquoi elle a besoin de plus de recrues. (La bataille de Midway en juin 1942 sera finalement le début de la fin pour le Japon, du moins, selon l’histoire, car la version de Mizuki est légèrement différente). Au départ, Mizuki aurait pu éviter de se rendre dans les zones dangereuses grâce à sa myopie et son manque d’endurance. Mais il a commis une grosse erreur de calcul lors d’une réaffectation en choisissant d’aller au sud parce que : « Il fait froid au nord, alors je veux aller au sud ! »… Or, le sud, c’est là où se passe toutes les plus grosses batailles… En 1943, il est envoyé à Rabaul en Nouvelle-Bretagne dans l’archipel de Bismarck, donc sur le front avec, en face, les armées américaine, australienne et néo-zélandaise. Oui, ce n’est pas de tout repos… C’est un long, très long calvaire pour lui, d’autant plus qu’il était lent, peu motivé, ensommeillé. Il se fait constamment engueuler et critiquer par ses supérieurs. Comme punition, il participe aux surveillances de nuit et se retrouve parfois pris au dépourvu par des guérilleros de l’île. On le place aussi dans une troupe perdue où on l’envoyait en première ligne, donc avec très peu de chance de survivre… Il finit par tomber dans des crises d’angoisse et par attraper la malaria qui s’infecte dans ses blessures, notamment au bras gauche. Ayant oublié son groupe sanguin, les soins n’ont pas pu être opérés assez rapidement. On lui ampute le bras gauche sans aucune anesthésie, mais son bras s’infecte avec des vers partout…

(c) Mizuki Production

En passant, Mizuki n’était pas gaucher mais bel et bien droitier. On raconte souvent l’inverse pour une raison que j’ignore, mais il ne se dessinerait en train de dessiner de la main droite dans les mangas sur sa vie…
Mizuki n’est pas un warrior pour autant. Il a vécu la guerre et elle a été horrible pour lui comme pour beaucoup d’autres. Il n’a pas été un soldat au sang chaud près à tout pour sa patrie. En réalité, il y a même un moment où il a abandonné son arme quitte à se faire enguirlander. On va jusqu’à l’ordonner de se suicider pour cette soi-disant erreur, ce qui le mène à une pensée nihiliste envers la guerre, envers le fonctionnement d’une ou plusieurs facettes du Japon qu’il juge fasciste, et cela s’en ressent dans son œuvre quand il met parfois en scène l’absurdité et la tragédie de la guerre, du militarisme et de la politique japonaise, même dès ses premiers (kashihon) manga de guerre.
Ce n’est pas parce que le Japon (comprendre : les militaires et le gouvernement) était l’ennemi de l’Occident que tous les japonais adhéraient à cette cause, loin de là. Beaucoup de civils n’étaient même pas au courant de ce qu’il se passait. La mère de Mizuki trouvait cela tout aussi absurde même si ses fils ne comprenaient pas et ne lisaient que les histoires des héros de la nation dépeintes dans des revues comme Shônen Kurabu (C’est le même magazine que Shônen Club. Je note Kurabu au lieu de Club pour parler de sa période d’avant-guerre, quand le titre était encore entièrement en kanji.) Il existait aussi des mouvements anti-guerre, des professeurs d’université avec des idées communistes ou marxistes, tous poursuivis par les militaires et le gouvernement. Ces derniers profitaient des incidents et des revendications des mouvements anti-guerre pour les placarder en tant que méfaits, de nombreux professeurs se sont vus poussés à démissionner et leurs étudiants préféraient quitter leurs études. Comme souvent au Japon, les revendications de la gauche politique ne passent pas.
Je pense qu’il y a encore bien plus de chose à dire sur le rôle de Shigeru Mizuki pendant la guerre du Pacifique, mais je t’avoue que je m’y perds à cause de mon manque sérieux en matière d’histoire, c’est à peine si je propose un résumé car les détails sont trop nombreux. Donc je t’encourage à lire Vie de Mizuki et, si tu le peux, Shôwa : A history of Japan édité en anglais par Drawn & Quaterly.

Showa: A history of Japan. Drawn & Quaterly.

3 – Le retour au Japon, l’artiste de kamishibai

Nous voici désormais à la plus grande partie de la vie de Mizuki, celle où il rentre au Japon pour devenir l’artiste que nous connaissons tous.
Pour autant, cette dernière partie se scinde là encore en… trois sous-parties : ses nouvelles études en école d’art à Tokyo, sa vie d’artiste en tant que kamishibai-ya à Kôbe, et enfin celle en tant que mangaka à Tokyo. Mais comme je l’ai indiqué au début de l’article, je ne vais pas aller plus loin que son rôle dans le milieu du kamishibai.

Mars 1946, Shigeru Mizuki revient enfin au Japon. Bien des choses ont changé. Il reste quelque temps à l’hôpital mais rentre peu après à Sakaiminato. En voyant qu’il lui manque un bras, sa famille est sous le choc. En 1947, il reçoit une lettre de l’hôpital pour une nouvelle opération pour son bras. Il retourne à Tokyo et découvre en même temps qu’il peut obtenir un petit emploi de dessinateur à l’hôpital, mais cela ne dure pas. Des amis lui proposent d’aller vivre ensemble dans un bâtiment abandonné avant de finalement déménager dans un hôtel pour réfugiés à Tsukishima. Il travaille aussi comme poissonnier près du pont Kachidoki. (Hé, mais c’est près de chez moi tout ça ! Un nouveau pèlerinage otaku s’impose !) Et à côté de ça, il fréquente l’école d’art de Musashino où il réussit tant bien que mal. Pour autant, il décide de quitter Tokyo pour se rendre jusqu’à Kôbe dans le département de Hyôgo, à l’ouest d’Ôsaka. La raison majeure est qu’il souhaite devenir artiste à temps plein, mais il lui est nécessaire d’obtenir une énorme somme d’argent pour lancer un atelier, ce qu’il n’a pas. Ce voyage lui permet de récolter de l’argent ici et là, sans grand succès pour autant.

Pendant ce temps-là, dans la région du Kansai depuis… mars 1945, et ce que cela représente pour l’histoire du manga.

Hashimoto Shoten, librairie à Matsuyachô en 1949. (c) Mainichi

On dit souvent que le manga s’est redéveloppé au lendemain de la guerre. Le lendemain de la guerre, cela sonne souvent bien, comme un renouveau, un point de départ. Mais en réalité, on a deux fils conducteurs, celui du lendemain de la guerre, mais aussi celui du lendemain des bombardements en mars 1945. Je vais plutôt évoquer cette dernière partie, mais l’un ne va pas sans l’autre.
Les survivants des bombardements à Ôsaka comme à Tokyo (mais aussi un peu partout dans les grandes villes du Japon) qui ont perdu leur maison cherchent ce qu’ils peuvent pour trouver de l’argent et manger. A Ôsaka, des marchés noirs apparaissent le long des décombres sur les plus grandes avenues, à Matsuyachô notamment. De même à Tokyo à Ameya Yokochô (Ueno). On y vend de tout, et tout coûte horriblement cher. Par exemple, un savon coûtait 20 yens au lieu de 10 sen (1 yen = 100 sen)… A une époque sans télévision, ces grandes avenues sont aussi le repère des bouquinistes qui attirent les grands comme les petits. On parle de dizaines de bouquinistes. Mais comme je l’expliquais dans mon article sur Shichima Sakai (c’est vrai, je dois écrire la deuxième partie, shh… 🤫), l’industrie du papier n’est pas au meilleur de sa forme. Son contrôle est opéré par l’armée américaine. Pour publier un véritable bouquin, il est nécessaire de faire vérifier son contenu. C’est là qu’entre en jeu un certain papier recyclé, un peu rougeâtre, qui n’est pas contrôlé par l’armée et qui nous permet d’aboutir au akahon (manga) d’après-guerre. A Ôsaka, on utilise ce papier recyclé pas terrible (le senkashi), mais la teinte rougeâtre en ressort davantage quand on le passe à l’impression.
En parallèle à Tokyo, et dès 1948, on reconstruit une industrie du magazine standard (Manga Shônen en 1948, Omoshiro Book en 1949, etc.), ceux-ci publient des articles, romans, histoires illustrées, quelques mangas rigolos en 4 cases dans la lignée du comic strips, sinon en quelques pages mais jamais plus de 4 ou 5. On tente de faire de même à Ôsaka, mais le secteur est plus marginal, en décalage avec ce qui se produit à Tokyo. C’est là qu’entre en jeu des personnalités comme Tokio Osaka et Shichima Sakai. Ils conçoivent une revue appelée Manga Man, puis Hello Manga. Ils fondent également l’association Kansai Manga Man Club et invitent des auteurs de tout le pays à les rejoindre. Ils seront 150, dont Osamu Tezuka. La première réunion a lieu au domicile de Tokio Osaka le 20 août 1946. Je n’en parlerai pas en détail ici, mais c’est à cette occasion que Tezuka rencontre Shichima Sakai qui lui propose de travailler ensemble. Ils aboutissent au célèbre Shin Takarajima (La nouvelle île au trésor) qui est publié en avril 1947, mais Tezuka publie déjà des strips dans des journaux et dans Hello Manga.
Je le note tout de même, car c’est sans aucun doute un point important en ce qui concerne Shin Takarajima. Le akahon manga est souvent un bouquin de mauvaise qualité et d’une cinquantaine de pages en papier recyclé. Quant à Shin Takarajima, même s’il est bien considéré comme un akahon manga, l’objet est limite une œuvre d’art qui tape à l’œil dans les librairies. On a affaire à un gros bouquin d’environ 200 pages avec une couverture épaisse, et c’est sans parler de son contenu avec une mise en scène dont les techniques empruntent à la cinématographie. Shin Takarajima devient instantanément un succès gigantesque. Mais ce n’est encore qu’un seul manga. Si les autres mangakas constatent la force qui se dégage de cette œuvre, il faut encore quelques années avant que la conception du manga à la manière de Tezuka s’infiltre dans la sphère du manga standardisé de Tokyo, vers 1950, quand les éditeurs cherchent à rompre avec les codes d’antan.

Cela peut paraître fou quand on sait que Mizuki est l’un des plus grands mangaka du Japon, mais malgré le développement du renouveau du manga qui s’opère, Mizuki commence sa carrière, non pas dans le manga, mais dans le kamishibai, et il la poursuit jusqu’en 1957. J’ai déjà écrit un article sur le kamishibai, si tu veux en pour en savoir plus.

Mizuki arrive à Kôbe en 1949. Un petit rappel, le vrai nom de Shigeru Mizuki est Shigeru Mura. Et à Kôbe, il y a l’avenue Mizuki et une vieille résidence décrépie appelée Mizuki-sô tenue par une vieille femme qui souhaite s’en débarrasser. Shigeru fait un emprunt pour l’acheter, mais il doit mettre des chambres en location pour rembourser le dit emprunt. L’un de ses premiers locataires est un artiste de kamishibai qui attise la curiosité de Shigeru. Artiste dans l’âme, il veut en dessiner ! Ce kamishibai-ya en question lui propose d’aller rencontrer d’autres artistes. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de deux figures importantes du milieu du kamishibai : Katsumaru Suzuki et Kôji Kata (ces deux-là se connaissent depuis novembre 1945). Kôji Kata s’est réapproprié le célèbre Ôgon Bat de Takeo Nagamatsu en 1932. Suzuki appelait tout le temps Shigeru : M. Mizuki, car il habitait dans la résidence Mizuki-sô. Avec le temps, Shigeru finit par apprécier ce nom et l’adopte définitivement. Mizuki et Suzuki travaillent ensemble à l’atelier de Suzuki : Hanshin Gageki, jusqu’en 1957, même s’ils ont divers déboires financiers.

Mizuki dessine ainsi des tas d’histoires. En général, un kamishibai met en scène en personnage qui vit des tas d’aventures sur plusieurs chapitres. Par exemple, Kappa no Sanpei (qui devient aussi un manga par la suite) a été un kamishibai pour lequel il a dessiné une quarantaine d’histoires (une histoire = une dizaine de planches = salaire de 200 yens). On sait que Daira est composé au moins de 54 chapitres. Kobito Yokozuna de 51 chapitres. En 1954, Suzuki suggère à Mizuki d’écrire des histoires autour d’un personnage inventé en 1933 par Masami Itô, Kitarô du Cimetière (Hakaba Kitarô). Ce petit personnage ne sortira plus jamais de l’esprit de Mizuki. Il en dessine plusieurs histoires dont Karate Kitarô, la plus célèbre de cette époque.

Le temps et les déboires financiers de Suzuki et de Mizuki mène ce dernier à revoir ses priorités. Entre temps, le manga s’est grandement développé dans tout le pays. Le akahon manga n’est plus, il a laissé place au kashihon manga (manga à louer) et à un grand nombre de magazines et d’auteurs ayant été influencés par le style tezukien. Mizuki se demande s’il pourrait s’en sortir dans ce milieu où les auteurs abandonnent à tour de bras. A cause du nombre limité de pages dans un magazine, un débutant sans expérience peut rarement s’y présenter. La seule solution pour y parvenir est de commencer par dessiner du manga à louer chez un libraire-éditeur et y faire ses preuves. Mizuki prend sa décision, il part à Tokyo !

Ce fut long à écrire mais nous y voilà ! Ce 8 mars, on fête les 100 ans de la naissance de Shigeru Mizuki, ce qui m’a amené à écrire la fin de cette article très rapidement et les détails manquent… Mais cela me va malgré tout, à partir d’ici, je peux combler les zones grises avec des nouvelles informations que je trouverai à droite et à gauche.

Dans le courant de l’année, si tu suis mon compte twitter, je vais continuer à parler des kashihon manga de Mizuki publié entre 1957 et 1965. Il en a dessiné 89, certains peuvent être perçu comme des prototypes de ce qu’il propose ensuite dans les magazines. Mais certains d’entre eux, ses mangas de guerre notamment, m’ont poussé à en savoir plus sur sa vie et l’histoire du Japon. Pour l’heure tu peux déjà lire des informations sur Aka Denwa et Rocketman. 🙂

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