Par Nicolas, le 6/7/2019 à 8:14
La littérature orale japonaise possède un long passé. Des biwa-hoshi, joueurs de luth ambulant, aux yukar, poèmes du peuple aïnu. Des setsuwa, anecdotes fictives et amusantes, aux récits épiques du gunki monogatari. Les formes sont nombreuses. Et en ajoutant des images à ces traditions orales, on obtient le kamishibai, un énième descendant des rouleaux peints emaki.

Le Dit du Genji, Livre Yûgiri, peinture emaki du XIIe siècle.

Si le kamishibai est apparu peu après 1925, il n’a été florissant qu’entre les années 1930 et 1950, avec près de 25000 conteurs, les gaito kamishibai-ya. La raison d’un si grand nombre de conteurs est dû au krash boursier s’étant produit à New York en 1929. Celui-ci n’a pas seulement touché les Etats-Unis, mais de nombreux pays dans le monde, dont le Japon. Encore faible à cette époque, l’économie des pays asiatiques dépendaient en grande partie des échanges commerciaux avec les pays occidentaux. Augmenter les charges pour faire du profit paraissait être la solution idéale pour améliorer l’économie. Malheureusement, le krash boursier a fait sombrer le Japon dans sa plus grande dépression économique, en plus d’une funeste politique de déflation dû au Rikken Minseitô, le Parti Démocratique Constitutionnel.

Avec un marché du travail bouché et une production au ras du sol, les gens sont en colère, ils ont faim, surtout les enfants. Pour survivre, les fermiers n’hésitaient pas à envoyer leurs filles se prostituer… D’autres participaient au développement du kashihon, c’est à dire écrire des nouvelles ou de la bande-dessinée, puis les faire louer pour trois fois rien dans des librairies d’occasion. Avec le kamishibai, les conteurs s’armaient d’un cadre en bois monté sur une bicyclette, et allaient raconter les exploits de multiples héros en faisant défiler une vingtaine d’images, en modifiant leur voix et expressions du visages. Des marionnettes en papier étaient aussi chose courante. Les représentations commençaient avec le claquement d’un instrument de musique, le hyôshigi. Le son attirait alors tout les enfants des environs qui s’amassaient autour du conteur. Ils pouvaient acheter des bonbons et des gâteaux pour obtenir le privilège de se placer tout devant.



Parmi les illustrateurs les plus célèbres, Takeo Nagamatsu, le créateur du premier super-héros japonais : Ôgon Bat. Né à Ôita en 1912, il n’a que 18 ans lorsqu’il s’associe au scénariste Ichirô Suzuki pour créer ce personnage aux allures sinistres de squelette doré, en 1930. Vêtu d’une cape en rouge et noir, et armé d’un sceptre, il est un défenseur de la justice venu d’Atlantis pour se battre contre le syndicat du crime mené d’une poigne de fer par le Dr. Erich Nazô. Il apparaît d’abord sous la forme d’une chauve-souris, puis avec un rire démoniaque, il prend la forme d’un squelette. Ôgon Bat devient rapidement et extrèmement populaire auprès des jeunes garçons, avec près d’une histoire par jour racontées entre 1931 et 1933.

N’ayant pas de droit, l’histoire et son héros ont été récupérés par de nombreux auteurs. Réadaptée en kamishibai par Kôji Kata à partir de 1932. Adaptées en manga par Kôji Kata et Osamu Tezuka en 1947, en film par le réalisateur Sonny Chiba en 1966 puis en série d’animation par le studio TCJ en 1967. Takeo Nagamatsu se réapproprie le personnage pour une série de livres illustrés entre 1946 et 1958, comptant 11 histoires publiées dans divers magazines de prépublication, tels Shônen Book et Shônen Club.

Avec l’arrivée de la télévision au Japon en 1953, les enfants délaissèrent peu à peu les spectacles de rue pour du lèche-vitrine, devant les retransmissions sportives, les émissions de variété et les séries de science-fiction.



Vous pouvez découvrir bien plus de détails sur le kamishibai et ses héros en lisant l’ouvrage Manga Kamishibai – Du théâtre papier à la BD japonaise de l’américain Eric P. Nash.
Par Nicolas, le 5/7/2019 à 22:10
En essayant d'être au plus bref, le garçon a fait ses premières armes au studio Ghibli en 1991 en travaillant comme intervalliste sur le film Souvenirs goutte à goutte d’Isao Takahata. Il ne lui faudra que 4 ans pour figurer au poste de chara-designer et de directeur de l’animation pour le court métrage On your mark, avant de poursuivre sur Princesse Mononoké et Le voyage de Chihiro, pour ne citer qu’eux. Il devient ensuite indépendant et se voit assigné aux même tâches sur Paprika de Satoshi Kon. Et on peut encore ajouter sa direction de l’animation sur Tôkyô Godfathers de ce dernier, Lettre à Momo d’Hiroyuki Okiura, avant d’atterir au studio CoMix Wave pour travailler sur l'incroyable Your name de Makoto Shinkai. Oui, bref, Andô est une pointure de l’animation japonaise, et je me permets d’en accorder quelques mots à travers sa passion pour le cinéma, jusqu’à son arrivée au studio Ghibli.

Masashi Andô, lors d’une interview pour Allociné.

Masashi Andô est un cinéphile, avouant d’ailleurs une passion plus importante pour les films en prise de vue réelle que ceux d’animation. Trouvant cela normal, il décide de suivre un cursus cinéma à la grande fac d’art de Nerima. Aujourd’hui encore, et malgré tout le poids de son travail, il emprunte souvent des vieux films en DVD sans se préoccuper des genres cinématographiques, appréciant bien évidemment Clint Eastwood, Alan Parker, Ang Lee, Sam Raimi (dont Evil Dead II, Darkman et Drag me to hell), ou encore Steven Spielberg et Andreï Tarkovski. Malheureusement, il ne trouve plus le temps de se plonger en salle obscure.

C’est d’ailleurs ce cinéma qui l’aide à accomplir son travail. Après le visionnage d’un film, il lui est facile de reproduire un sentiment si celui-ci lui est resté en mémoire. Pour autant, il ressent de la jalousie quand il n'arrive pas à imiter le naturel des bons acteurs, car pour lui, un animateur accorde plus d’attention et d’énergie sur l’action et l’enrichissement des décors.


Son intérêt pour l’animation est apparu pendant la préparation aux concours d’entrée à l’université. Incertain quant au choix d’une école spécialisée, il décide de se diriger vers la fac d’art de Nerima en songeant aux multiples perspectives qui pourraient s’offrir à lui. Là-bas, il apprend aux côtés d’Hiroshi Ikeda et de Sadao Tsukioka. Le premier était scénariste et directeur technique à Tôei Dôga (Aujourd’hui Tôei Animation), avant de naviguer du côté de Nintendo. Le deuxième est « l’animateur de génie » du même studio, reconnu pour les actions énergiques de ses séquences animées. Ikeda lui conseillait de toujours préparer un plan de secours pour faire face aux critiques.


Et pourtant, il abandonne la fac au cours de sa troisième année lorsqu’il est recruté au studio Ghibli. Autrefois, le studio signait des contrats avec des animateurs indépendants. C’est pourquoi il ne pouvait laisser filer une telle opportunité. Ainsi, le rêve de bosser dans l’animation avec Miyazaki et Takahata devenait une réalité.

Les années passent, et malgré un curriculum d’exception, Masashi Andô n’accède jamais au poste de réalisateur. Il explique que l’envie de le devenir était présente au début de sa carrière, mais cet autre rêve s’effondre en réalisant qu’il ne pourra jamais être au niveau des deux monstres sacrés du studio.


Propos recueillis dans Gekijô anime ni shin-jidai, la nouvelle génération des films d’animation, p75/76.
<< ... 3 4 5 6 7