Par Nicolas, le 13/3/2020 à 10:30.
Ce jeudi 12 mars (2020), je me suis baladé dans le quartier de Yanaka, celui qu'on appelle également le vieux Tokyo. Pour la petite histoire, Yanaka serait le seul quartier de la capitale à avoir survécu aux bombardements de Tokyo pendant la seconde guerre mondiale. Le quartier a bien changé depuis, mais certains coins, comme la rue commerçante Yanaka Ginza, serait encore d'époque.



En route !

Tout d'abord, je suis d'abord allé jusqu'à Ueno en vélo, puis j'ai filé au nord-ouest en direction de Nippori. Je suis passé par la rue entre le parc d'Ueno et le lac Shinobazu. J'aurais pu passer directement par le parc, mais il y a de plus en plus de peuple en ce moment avec la saison des cerisiers qui arrive.
D'ailleurs, quand on longe le parc, on peut tomber sur un hôtel très particulier, le Suigetsu Hotel Ohgaisou. Je ne suis pas là pour faire la pub de cet hôtel, mais il est tout de même important pour quiconque apprécie la littérature japonaise. Avant de devenir un hôtel, il s'agissait de l'ancienne résidence de Mori Ôgai, le célèbre romancier de Mai Hime (La danseuse) et de L'Intendant Sanshô. Bien sûr, ce n'est pas non plus ultra-exceptionnel, alors je recommande ce spot seulement si on a du temps devant nous.



Plus j'allais vers le nord, plus je reconnaissais le paysage. En fait, même si je n'ai jamais vraiment visité le centre de Yanaka, je suis déjà passé par plusieurs rues autour pour me rendre à la bibliothèque de l'Université des Beaux-Arts d'Ueno quand j'habitais dans le quartier de Hakusan. Je suis vraiment tête en l'air... ^^"

Cette fois, je m'y rends vraiment dans le but de découvrir ce qui fait le charme de Yanaka, avec deux spots en tête : la rue commerçante Yanaka Ginza, et le cimetière Yanaka Reien avec son avenue bordée de cerisiers.

Le cimetière Yanaka Reien



Ça peut paraître bizarre de parler de cimetière, mais en vrai, on est pas là pour le visiter, mais plutôt pour marcher le long de Sakura-doori, l'avenue des cerisiers, qui rejoint ensuite le temple Tennôji. Mais je dois admettre que ce cimetière est l'un des plus grand que j'ai vu dans toute cette ville, il ferait environ dix hectares. C'est là que Yoshinobu Tokugawa, le dernier shogun de l'ère Edo, a été enterré, mais je ne l'ai su qu'après sur internet. Et comme on est que mi-mars, les cerisiers ne sont pas encore en fleurs. Le spectacle n'est pas lugubre pour autant, d'autant plus que le ciel était bleu, mais ce sera sans doute bien plus sympa à voir d'ici deux ou trois semaines quand les cerisiers vont fleurir. Néanmoins, un jolie paysage s'est déroulé devant mes yeux quand je suis arrivé devant le temple Tennôji.

Le temple Tennôji



On peut découvrir de nombreux temples à Yanaka, mais le plus populaire d'entre eux est certainement le temple Tennôji. Il aurait été construit pendant l'ère Muromachi, entre 1394 et 1427. Et à première vue, sa structure est assez différente des autres temples bouddhistes que j'ai pu visiter jusque là. Je ne suis pas expert non plus donc je n'irai pas plus loin dans les détails. Néanmoins, quand je suis arrivé devant, j'ai été aussi frappé par la statue de Bouddha en bronze, Tennôji daibutsu, qui se trouve sur la gauche. Celle-ci a été créée en 1690 par Ota Kyuemon. Avec les arbres tout autour, on peut dire que le spectacle en vaut la chandelle.



Vers Yanaka Ginza

En dégotant une carte du quartier à la deuxième entrée du temple, j'ai constaté que je pouvais me rendre jusqu'à Yanaka Ginza en longeant un petit chemin le long des rails de la station Nippori. Je décide de suivre ce parcours puis de remonter vers l'ouest. Cinq minutes après, je tombe sur un embranchement. Le chemin de droite, d'où l'on peut voir divers petits magasins et des stands de nourriture, m'indique que j'arrive bientôt à Yanaka Ginza. Je l'emprunte, puis une fois au bout, je me retrouve en haut d'un escalier menant vers de la fameuse rue commerçante.



Le paysage est étonnant. J'ai déjà parcouru des tas de shôtengai, mais jamais d'un tel point de vue. On sent vraiment qu'on est sur le point d'entre dans un monde ancien. Dire que ce genre de rue était très populaire autrefois semble surréaliste quand on y pense. Bien sûr, une fois à l'intérieur, les commerces qu'on y trouve ne sont pas si différents des autres. Elle est plus étroite mais aussi plus calme que les rues commerçantes couvertes d'Asakusa. Il ne faut qu'une dizaine de minutes pour la parcourir, plus longtemps si on s'arrête pour manger. Une fois au bout, on peut poursuivre vers d'autres commerces en tournant à droite. C'est d'ailleurs là que j'ai trouvé le petit office du tourisme du quartier avec ses cartes et ses parcours pour découvrir tous les temples des environs. C'est très sympa, mais je n'ai pas poussé la visite plus loin. Je réserve ça pour quand les cerisiers seront en fleurs.



Pour finir...

J'ai passé une excellente journée. Il a fait super beau, 18°C, ce qui est rare pour un début mars.
J'ai oublié d'en parler avant, mais en rendant vers Yanaka, je suis passé devant une petite librairie de livres d'occasions appelée Kôsho Mimizuku. On y trouve de tout, sur l'art, l'histoire, ou bien la religion. Le gérant y est très gentil et à l'écoute. En apprenant que j'étais français, il m'avoue un faible pour la philosophie de Foucault et l'oeuvre de Boris Vian.
Pour ma part, en bon amateur de mangas, je lui ai demandé ce qu'il avait à ce sujet. Il m'a dirigé vers quelques bouquins de Yoshiharu Tsugé et de Shinji Nagashima, deux anciens mangakas du magazine Garo que j'apprécie beaucoup. Le gérant les aime tout autant mais préfère quand même le grand Shirato Sanpei et son Kamui-den emblématique.
J'en ai profité pour acheter Hinkon Ryokô-ki, une chronique de voyage composée de 13 essais écris par Yoshiharu Tsugé et publié en 1991.
Si jamais vous passez dans le coin, je recommande ce passage en librairie.



C'est tout pour aujourd'hui. Mais voici d'autres photos pour continuer un peu la visite.



Par Nicolas, le 22/12/2019 à 3:02.
Sous-catégorie(s) : ghibli, toshio suzuki, animage
Voici la deuxième partie de mon article sur le rôle de Toshio Suzuki aux premières heures du magazine Animage. Cette fois, j'évoque le premier contact qu'il a obtenu avec Isao Takahata et Hayao Miyazaki pour préparer un dossier sur Hols, le prince du soleil. N'hésitez pas à relire l'article précédent si nécessaire en cliquant... sur cette phrase.

© Hayao Miyazaki, Nausicaä de la vallée du vent, Tokuma Shoten


Un premier contact avec Isao Takahata et Hayao Miyazaki

A Terebi Land, Toshio Suzuki s'occupe principalement de la partie manga. Et son refus vient du fait qu'il n'y connait absolument rien à l'animation (oui, on parle bien d'un des futurs plus grands producteurs de film d'animation du Japon !). Mais cela n'arrête pas Hideo Ogata pour autant. Ce dernier lui explique qu'il souhaite monter un magazine pour enfants intelligents, donc avec des articles plus fournis qu'à Terebi Land, que son fils aime les séries d'animation, et en particulier Yamato, qu'il sera en charge d'à peu près tout (même si il n'est pas rédacteur en chef au début), et qu'il peut le présenter à plusieurs amatrices d'animation pour en apprendre davantage sur ce type de média. Finalement, Suzuki accepte. Mais, ironie du sort, il n'a que trois semaines pour boucler un premier jet du magazine ! Sans perdre de temps, il part à la rencontre des femmes qui se révèlent être des amatrices éclairées. Celles-ci lui parlent d'Astroboy et de Hols, prince du soleil avec nombre de détails, et qu'elles se rendent souvent à la rencontre des créateurs de leurs personnages favoris. C'est d'ailleurs ces dernières qui incitent Suzuki à se pencher sur le film d'Isao Takahata. Et il décide d'en faire l'objet d'un de ses premiers dossiers pour le premier numéro d'Animage.

Mais comment faire ? Car même si il devine qu'il peut récupérer des informations et des images auprès du studio Tôei Dôga, il ne peut pas interviewer les personnages comme on peut le faire pour un film en prises de vues réelles.
De fil en aiguille, Suzuki finit par téléphoner à Isao Takahata. Mais bien que ce dernier soit le réalisateur de Hols, il l'invite à en discuter avec Miyazaki.

"J'ai entendu votre conversation. C'est moi qui ferais l'interview. Mais en échange, j'aimerais obtenir seize pages au lieu de huit. Pour vous parler de ce film, je dois évoquer en détail nos activités syndicales, sinon je ne pourrais pas transmettre tout ce que j'ai à dire." (Hayao Miyazaki, Ghibli no kyôkasho 1 Kaze no tani no Nausicaä, p.47.)

Malheureusement, la requête de Miyazaki est hors de portée pour Suzuki. Ce premier contact est un véritable échec. Il se résigne et décide de récupérer des commentaires auprès de trois comédiens de doublage. Néanmoins, après une heure de discussion, la manière de parler de Miyazaki, d'évoquer les choses, tout cela l'intrigue. De plus, quand il assiste à une projection de Hols, il découvre à sa grande surprise que même si l'histoire se passe dans les pays scandinaves, le fond et les propos lui rappelle ce qu'il s'est passé au Vietnam. Mais finalement, le premier dossier Anime Encore du tout premier Animage ne s'en tient qu'à un résumé illustré du film, quelques lignes de commentaires et plusieurs croquis originaux.

Durant les premières semaines, le magazine s'écoule à 70000 exemplaires, avant de grimper très rapidement à 250000. Un tel chiffre permet à Animage de ne plus être qu'un supplément de Terebi Land, mais un magazine à part entière, et ce dès son troisième numéro.

Voila, vous en savez désormais à peu plus sur Toshio Suzuki avant qu'il ne devienne le fameux producteur du studio Ghibli, mais aussi comment le magazine Animage a été créé. Bien sûr, jusqu'aux premières idées de Nausicaä, bien des choses se passent. Comme la première rencontre entre Suzuki et les deux compères, les liens qui se créent entre eux, et leur implication de plus en plus importante dans le magazine Animage. Mais comme tout cela se rapporte à la production de Kié la petite peste et du Château de Cagliostro, je n'en parlerai pas dans cette série d'articles. Ce qui nous intéresse ici est Nausicaä, mais le chemin à parcourir est encore semé d'embûches.

Dans l'épisode précédent : Nausicaä : Toshio Suzuki et le magazine Animage (1)

Dans le prochain épisode : 1981 – Le monde de la romance et de l'aventure !

Merci d'avoir lu ! Si vous souhaitez commenter, des questions, remarques, "OMG, les fautes d'ortho !", n'hésitez pas à m'en parler sur Facebook : https://www.facebook.com/limitedanimation. :)

Bibliographie
ジブリの教科書1 風の谷のナウシカ (Ghibli no kyôkasho 1 Kaze no tani no Nausicaä), Bunshun Ghibli Bunko, 10 avril 2013, 319p.
アニメアンコール (Anime Encore (Animage #1)), Toshio SUZUKI, Tokuma Shoten, 1978.
あの旗を撃て!「アニメージュ」血風録 (Ano hata wo ute! Animage keppuroku), Hideo OGATA, Oakla Shuppan, 2004.
Dans le Studio Ghibli - Travailler en s'amusant, Toshio SUZUKI, Kana, 20 octobre 2011, 226p.

La couverture d'Animage est © Tokuma Shoten. L'affiche de Hols est © Tôei Dôga.

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