ARTMIC, Art and Modern Ideology for Creation

Fondé en 19771 par Toshimitsu Suzuki, le studio ARTMIC2 s’est imposé dans les années 1980 pour ses design et ses OVA à l’ambiance techno-futuristes et pop rock. C’est ici que les mecha-designer Shinji Aramaki et Hideki Kakinuma, ainsi que le chara-designer Kenichi Sonoda ont fait leur début dans le monde de l’animation. Focus.

Tout d’abord, notons qu’ARTMIC n’a jamais vraiment été un studio de production traditionnel comme Tôei Animation ou Madhouse, mais plutôt un studio de designers et de générateurs d’idées. Il y a une petite équipe d’animateurs bien sûr, mais ce n’est pas tellement ce qu’on retient dans toute l’aventure du studio. Un autre point intéressant de l’histoire d’ARTMIC, ce sont les allers et venus des designers entre les autres studios qui ont permis de préserver, sinon de créer des liens étroits avec d’autres personnalités déjà très reconnues dans le milieu de l’animation. Je pense au chara-designer Yoshitaka Amano chez Tatsunoko (que Suzuki fréquentait probablement quand il travaillait à Tatsunoko), au mecha-designer Shôji Kawamori du Studio Nue, ou encore au réalisateur Noboru Ishiguro chez Artland. C’est cette proximité qui en a fait l’un des meilleurs studios du milieu de l’OVA des années 1980.

Leur première production, le film Techno Police 21C, est une collaboration avec le studio Nue imaginée par Toshimitsu Suzuki. Initialement, Techno Police aurait dû être une série TV. Mais au bout de 4 ans, le contenu produit n’équivalait qu’à celui d’un seul épisode. Le film n’est finalement qu’un remontage un peu casse gueule de tout ce qui a été produit à droite et à gauche, et peut être perçu comme un prototype de Bubblegum Crisis.

Pour autant, ce n’est pas avec Techno Police 21C qu’ARTMIC garantit son succès, mais plutôt avec Megazone 23. Le premier OVA, réalisé par Noboru Ishiguro (Artland) en 1985, consolide définitivement les fondations du média vidéo entamé par Dallos deux ans plus tôt.

Il y aurait beaucoup à dire sur Megazone 23. Notamment sur le fait qu’il ouvre la voie au genre cyberpunk dans l’animation, sur ses inspirations et ses influences, de Macross à Blade Runner, on pourrait également penser aux nombreuses similitudes avec le futur Matrix (bien que les soeurs réalisatrices disent bien qu’elles ne l’ont jamais vu avant la prod’ du film dans une interview ici. Mais je comprends tout à fait qu’on puisse en douter). Son équipe, issue de la partie Artland de Macross, collabore avec eux en reprenant des idées de Mospeada. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que Macross, Mospeada et Megazone 23 (sans oublier Orguss) forme ce monstre bizarroïde tout droit sorti d’un autre système : Robotech. Tout cela mériterait bien plus qu’un simple paragraphe, sinon on s’y perdrait très vite.

Psycho Police 21C & Megazone 23 / © Tatsunoko, Studio Nue, Artland, ARTMIC

Entre ces deux productions, ARTMIC a donc travaillé sur la série Genesis Climber Mospeada. Sauf erreur, il s’agirait d’une idée de Shinji Aramaki et de Hideki Kakinuma qui désiraient produire une vision SF du débarquement de Normandie. Ils sont d’ailleurs les mecha-designers attitrés du show. Là encore, c’est une collaboration avec Tatsunoko et Yoshitaka Amano. Mais ce que je n’arrive pas encore à expliquer, c’est le choix de Katsuhisa Yamada au poste de réalisateur en chef. Peut-être la perte soudaine de son emploi après la fermeture de Topcraft ? Je cherche encore, mais n’hésitez pas à me le faire savoir si l’un d’entre vous à la réponse.

On en vient ensuite aux franchises Gall Force et Bubblegum. Celles-ci mettent en relief le travail de Kenichi Sonoda, dont les filles très énergiques et sexy ont fait de lui l’un des chara-designer préférés des otakus. Chacune d’elles comporte leur lot de suites et de spin-off qui ont, là encore, marqué définitivement l’histoire de l’OVA de science-fiction. Tout comme Megazone 23, ces franchises ont beaucoup à raconter, aussi je ne m’étalerai pas plus ici.

Gall Force / © ARTMIC, AIC

On peut aussi constater le lien très étroit entre ARTMIC et les magazines pour otaku et amateurs de maquette pro-Bandai : B-Club, Model Graphix et Hobby Japan. Outre Gall Force, dont l’histoire initiale a été publiée dans Model Graphix, c’est dans ces magazines qu’on pouvait découvrir à l’avance une majorité de leur croquis préparatoires. D’une certaine manière, c’est aussi cette forme de publicité qui a permis au marché vidéo de prospérer. Mais il est évident que c’est plus souvent avec ces trois magazines qu’avec Animage qu’ARTMIC s’est fait connaître.

Une autre personnalité à évoquer est sans doute Makoto Kobayashi, et en particulier son Dragon’s Heaven, une oeuvre très inspirée par l’univers de Mœbius. Dragon’s Heaven n’était à l’origine qu’une petite idée que Kobayashi a présenté à Bandai. Intéressé, ce dernier lui propose de réaliser une maquette du robot. Cette histoire a débuté avant la diffusion de Macross en 1982, mais celle-ci a finalement chamboulé les perspectives et tout le monde ne jurait plus que par le robot transformable. Badai a ainsi proposé à Kobayashi de revoir son robot pour qu’il puisse se transformer, mais cela n’a pas fonctionné et son projet a été annulé. Celui-ci refait surface quatre ans plus tard quand la rédaction du magazine Model Graphix l’appelle pour lui proposer de dessiner un manga. Il n’a que deux semaines car il doit remplacer un autre mangaka, aussi il reprend en vitesse ses idées de Dragon’s Heaven pour en faire une véritable publication mêlant à la fois dessin, maquette et photo-montage. Je m’arrête là pour la conception de l’oeuvre, mais j’essaierai de présenter l’ouvrage dans un prochain article. Et bien entendu, si j’en parle c’est parce que Dragon’s Heaven a aussi été adapté en OVA par ARTMIC et AIC en 1988.

Dragon’s Heaven / © Makoto Kobayashi, ARTMIC & AIC

Dans le courant des années 1990, le Japon connait l’éclatement de sa bulle économique. En plus de devoir tout miser sur LE titre a succès permettant sa survie, ARTMIC a connu des soucis financiers avec la société Youmex. Alors en faillite, le studio doit fermer ses portes en 1997. Les droits de l’ensemble de leur catalogue sont ensuite récupérés par AIC (Anime International Company), société avec qui ARTMIC collabore depuis 1992. Malgré ça, le studio ARTMIC résonne encore dans le cœur des fans de leurs productions, même dans ceux qui les ont découvert bien longtemps après. Les histoires, les design des robots, l’ambiance de chaque OVA a su influencer tant d’autres créateurs comme Mœbius avait su le faire en son temps (et Metal Hurlant dans une plus large mesure). C’est en cela qu’il est, pour moi, l’un des plus grands studios des années 1980.

Je pourrais m’étaler plus ou moins longuement sur chaque production d’ARTMIC, et je constate que l’article est déjà bien trop long comme ça, donc je songe a explorer quelques détails différemment. L’ébauche de l’article était clairement moins volumineux quand j’ai commencé à l’écrire il y a deux semaines, mais ça commence sérieusement à devenir complexe d’assembler les pièces du puzzle. Promis, j’y reviendrai, mais reste à savoir quand…

Productions (ébauche)

1982 Techno Police 21C Film En collaboration avec le studio Nue.
1983 Genesis Climber Mospeada Série TV En collaboration avec le studio Tatsunoko.
1984 Chôkôsoku Galvion Série TV Le logo de la série est signé Gaku Miyao.
1985 Genesis Climber Mospeada: Love Live Alove OVA En collaboration avec le studio Tatsunoko.
  Megazone 23 OVA En collaboration avec AIC.
1986 Wannabe’s OVA  
  Megazone 23 Part II OVA En collaboration avec AIC.
  Gall Force Eternal Stories OVA  
1987 Bubblegum Crisis OVA  
  Gall Force 2: Destruction OVA  
  Katte ni Shirokuma    
  Metal Panic Madox-01 OVA  
  Daigaioh OVA  
1988 Dragon’s Heaven OVA  
  Hades Project Zeorymer OVA Production d’animation uniquement
  The Ten Little Gall Force OVA  
  Gall Force 3: Stardust War OVA  
1989 Riding Bean OVA  
  Rhea Gall Force OVA  
  Megazone Part III OVA  
  Gall Force Chikyû shô OVA  
1990 A.D. Police OVA  
  Bôken Iczer 3 OVA  
  The Hakkenden OVA  
1991 Bubblegum Crash OVA  
  Detonator Orgun    
  Gall Force: Shin Sekai-hen OVA  
1992 Sôsei Kishi Gaiarth OVA  
  Scamble Wars OVA  
1993 Casshern OVA  
1994 Genocyber OVA  
  Gatchaman OVA Series Composition, Collaboration avec Tatsunoko
1995 Bishôjo Yûgekitai Battle Skipper OVA  
1996 Power Dolls OVA  
  Gall Force: The Revolution OVA  

Notes diverses

  1. Comme l’indique Pink Platypus en commentaire, l’année de la création d’ARTMIC serait 1977 selon l’artbook Artmic Design Works (p.149), mais il est écrit 1978 sur wikipedia (anglais comme japonais).
  2. Son nom a été changé en Wiz Corporation en 1980, mais il a repris son nom initial l’année suivante.

Ressources en ligne

  1. Anime Archeology: Kichijoji’s ARTMIC Building, Sean O’mara, 12 déc. 2016. (en anglais)

Bibliographie

  1. The Anime Encyclopedia, 3rd Revised Edition: A Century of Japanese Animation (en anglais)
  2. Artmic Design Works (B-Club Special) (en japonais)
  3. B-CLUB #29 (en japonais)

3 Comments on “ARTMIC, Art and Modern Ideology for Creation

  1. Merci pour cet article de qualité. J’aurais toutefois quelques questions :

    – À la page 149 de l’ARTEMIC DESIGN WORKS, il est indiqué que Toshimitsu Suzuki a fondé ARTMIC non pas en 1978 mais en 1977. Or effectivement, la date de 1978 est la plus rependue sur internet, mais sur quelle source se repose t-elle ? Que ce soit sur leur ancien site internet ou sur d’autres documents officiels, c’est souvent la date de 1981 qui est donnée pour la fondation (certainement parce qu’en passant de WIZ à ARTMIC, la structure de l’entreprise a dû changer — en tout cas suffisamment pour être légalement considérée comme une nouvelle entreprise). Il n’y a à ma connaissance aucun document officiel qui évoque la date de 1978, mais peut-être que je me trompe, auriez-vous votre idée là-dessus ?

    Le texte en japonais : 竜の子プロダクション退社後、’77年にイラスト・デザイン事務所として(有)アートミックを結成。1980年に一度社名をウィズコオポレイションとするが、翌’81年よりアートミックと改名。’82年には新スタッフである柿沼、荒牧等を中心としたアートミックー2が誕生、現在に至る。

    – Sur cette même source, auriez-vous des informations sur Artmic-2 ?

    – En savez-vous plus sur les raisons du changement d’ARTMIC à WIZ en 1980 et le retour à ARTMIC en 1981 ? Est-ce lié à la production du projet Megaroad avec le Studio Nue ? Le changement vers WIZ s’est fait exactement sur cette période et puis aux pages 94-95 de l’ARTEMIC DESIGN WORKS, il est bien indiqué que WIZ a été créée afin de réaliser un anime avec une histoire « à plus grand échelle que Yamato » avec le Studio Nue. Dans leurs interviews, les membres du Studio Nue n’évoquent que la fermeture de WIZ (et la récupération de l’ensemble du projet Megaroad qui sera ensuite parrainé par Big West pour devenir Macross, mais ça vous le savez). Cette fermeture a-t-elle été causée suite à un désaccord qui aurait poussé Suzuki à revenir à son ancienne entreprise ARTMIC ou est-elle économique ? Dans ce dernier cas, il y aurait eu faillite ou fermeture de l’entreprise pour l’empêcher pour ensuite être immédiatement réouverte en tant qu’ARTMIC, ce qui expliquerait la date de 1981 donnée par certains documents officiels puisqu’en effet il s’agit dès lors de la nouvelle date de fondation de l’entreprise.

    Le texte en japonais : それもその筈、メガロードは、当時(今から8年程前)僕が起こした会社WIZにおいて「テクノポリス21C」の企画完成直後に、スタジオぬえの面々と共に、宇宙戦艦ヤマトを越える大スケールの物語、即ち巨大ロボットや宇宙戦艦の魅力を凝縮した何かを創造しようと考え出したものであるからだ。

    Kawamori dans le Perfect Memory, page 234 : 【1981年8月】また、この頃に企画の発注側であったウィズス・コーポレーションが解散し、企画の母体がぬえに移る。

    Désolé pour toutes ces questions techniques, je cherche à réaliser un documentaire concernant Macross et certaines parties de l’histoire de sa production restent floues et ambiguës. Merci d’avoir pris le temps de me lire et bonne journée !

    • Tout d’abord, merci !
      Je ne savais pas pour 1977, je n’ai que quelques extraits du bouquin en question et l’ai ajouté en source car il me semblait incontournable malgré tout. Donc quand j’ai mis 1978, c’est simplement en reprenant une info que je pensais juste sur la page wikipedia japonaise. Le peu que j’avais allait dans le même sens, mais on dirait que ce n’est pas le cas pour tout. Je vais apporter une modification.

      Pour Wiz Corp, si les détails ne sont pas donnés, on peut peut-être le deviner en regardant sur ce site : http://withcorp.co.jp/corporate/. Cette entreprise, dont le nom en katakana s’écrit pratiquement pareil (コーポ / コオポ), a été fondée en 1976. Possible qu’il ne le savait pas et qu’il l’a de nouveau changé pour éviter un conflit ? Dans tous les cas, on dirait uniquement des changements de nom pour Artmic, pas la fondation d’une nouvelle entreprise (sauf pour Artmic-2), ou alors l’usage de nom temporaire, mais peut-être que les répercussions ont été importantes, tout dépend aussi à qui appartiennent les idées initiales. Effectivement, sans source on ne saura jamais, donc là je ne fais que supposer.

      L’usage de nom temporaire ou des changements de nom arrivait déjà avant. Je pense à Shin Nihon Dôga > Nihon Dôga (changement d’entreprise) > Nichidô Eiga (pourquoi? mystère) > Tôei Dôga (après rachat). Sinon Tezuka Dôga Pro (groupe) > Mushi Pro (après officialisation). Je pense aussi à Nibaraki/Ghibli, ce sont deux structures différentes, mais souvent les idées initiales des projets Ghibli sont discutées à Nibaraki (est-ce pour maintenir une certaine sécurité? mystère…). On ne sait pas toujours ce qui les pousse à agir ainsi, et faut malheureusement faire avec. ^^ »

      • Merci d’avoir pris le temps de me répondre !

        Pour la création d’Artmic, c’est curieux que partout sur internet ce soit la date de 1978 qui soit donnée. J’aurais aimé confirmer ce dire, mais la seule source officielle évoquant la date de fondation est l’ARTEMIC DESIGN WORKS. Il peut toutefois s’agir d’une erreur, mais en l’absence d’autres sources sérieuses, c’est difficile à ignorer.

        Pour la fermeture de Wiz, on peut tout à fait imaginer qu’il s’agisse d’un simple problème de nom, l’idée est plutôt séduisante. Cela étant dit, la dissolution de Wiz date d’Août 1981, pile un an après le début de planification de Megaroad. Il est très facile d’imaginer que l’entreprise était en difficulté économique (entre ce retard et celui que Techno Police 21C…) et dû mettre la clé sous la porte. Si je pense à une fermeture c’est parce que certaines sources indiquent qu’Artmic a été fondé en 1981 (l’ancien site internet et l’ARTMIC ENCYCLOPEDIA TOME 2). Il pourrait tout à fait s’agir d’une nouvelle entreprise sur le plan légal ; mais très franchement on entre là dans un point de détail sans doute inutile qui, comme vous l’avez souligné, ne peut se reposer sur rien d’autre que notre interprétation sans qu’aucune source ne puisse jamais rien confirmer.

        Merci encore d’avoir pris le temps de me répondre ! 🙂

        PS : Si vous souhaitez un scan des pages concernées, n’hésitez pas à me le demander.

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